26) LE CLOCHARD



Mutant dont la société n’a pu asservir
C’est un vagabond inoffensif dans la ville


Préférant le ciel faiblement étoilé de la cité
Aux hypothèques des plafonds cathédrales lustrés


Il erre affamé, solitaire et serein
Le cœur gonflé d’euphorie
Et la tête pleine de liberté


Il n’est pas l’esclave d’une mécanique d’usine
Ni d’un labyrinthe pour robots cravatés de prestige
Le soleil est son réveille-matin silencieux!


C’est un homme simple avec des habits usés
Un vieux recueil d’Octave Crémazie
Comme unique compagnon


S’il a le teint blafard et livide
C’est d’une vie d’errance et d’usure


Lorsqu’il titube, gardez votre mépris
Il n’est pas ivre ou débile
Il a les pieds meurtris ou gelés


Ce qu’il lui manque, c’est ce grand amour poétique
Celui-là même qu’il n’a jamais oublié


Sous les pâles lueurs de la métropole immobile
Il s’endort esseulé
Dans la solitude de la nuit…