Né
pour être libre en 1951
Au
6963 rue de Châteaubriand à Montréal
C’est
déjà bien loin tout ça
Les
souvenirs oubliés des premières années
Dans
la vieille maison familiale démolie
Qui
fut un jour expropriée de ma jeunesse.
Je me
suis retrouvé vers 1962
De
l’enfance à l’adolescence rebelle
6354
rue St-Hubert près de la rue Beaubien
C’était
à l’époque d’une rue à deux sens insensés
Écosystème
fébrile et commercial
Royaume
aurifère luminescent incontournable
Une
famille de dix enfants en microcosme
Au
pays des rêves et des espoirs les plus fous.
Jeune
j’explorais les zones interdites
D’un
métro cavernicole en construction
En
1967, c’était l’inoubliable ‘’Terre des hommes’’
Et les
pauvres en étaient exclus
Les
hippies vivaient d’amour planétaire
J’avais
15 ans, affranchi et vagabond
Un
premier amour grandiose et sensuel
Sur le
Mont-Royal à l’abri des touristes cosmopolites.
Apatride
je ne travaillais que pour peu de temps
Juste
assez pour manger et pas pour longtemps
Pour
quelques jours ou semaines d’errance
Fier
je ne mendiais jamais
C’était
le prix de la liberté.
J’ai
sommeillé dans de petites mansardes
Très
souvent dans les champs broussailleux
Près
des voies ferrées bruyantes à l’aurore
Ou en
poète solitaire au carré St-Louis
J’ai
même nuitée en hiver entre Rigel et Bételgeuse
Rue
St-Denis sur des planches de bois glaciales.
A
l’aube j’allais au métro des automates
De
leur mépris, marchant ivre de mes pieds gelés
Me
réchauffer et refusant d’être servile
L’esclave
chronométré s’engouffrant sous terre.
Parfois
je me demande incrédule
Quelle
force de liberté m’exaltait autant
Pour
subir avec euphorie cette misère
Fugitif
dans un labyrinthe de béton et d’asphalte
C’était
le prix de la liberté.
J’ai
même dormi au refuge Viger
Avec
les robineux amis de la liberté
Près
du Carré Viger jadis majestueux
Dont
la vie moderne disparate a atrophié
Désincarcéré
en autoroute urbaine cacophonique.
Le
matin je partais affamé et libre
Au
bain public me stériliser des punaises de lit
Qui
m’attendaient inlassablement chaque soir
Dans
les couvertures de laine du refuge accueillant.
Mes
journées s’effeuillaient à la bibliothèque centrale
Rue
Sherbrooke près du Parc Lafontaine
A
lire, rêvasser et poétiser une vie inaltérable
C’était
le bon temps de ma jeunesse
Les
plus belles années de ma vie.
Je
fuyais les policiers et les amis douteux
Préservant
ainsi ma précieuse liberté poétique
Pour
ne pas être institutionnalisé en captivité.
J’ai
plus tard vécu Octobre 1970
Les
frères Rose et les autres du FLQ
Je ne
les ai pas connus mais jamais oubliés
Je
pense souvent à leur rêve patriotique
Ils
ont payé le prix pour tenter de nous libérer.
En
1971 j’ai pris un métier pour besogner
Pour beaucoup
plus d’années que prévu
Comme
tout le monde je m’suis marié, en 1976,
Les
Olympiques jamais allé non plus.
J’ai
crée trois enfants à aimer toute une vie
Je
connais bien le secret des engrenages d’usines
Durant
les années 1970 à l’an 2000 inlassablement
Pour
m’en évader un de ces jours
C’est
le prix d’une liberté inconditionnelle.
J’ai
divorcé en 1992 avec une douleur indélébile
J’suis
malgré tout un père omniprésent
Écumant
irrémédiablement ce que j’ai à vivre.
Ma vie
est déjà plus qu’a moitié vécue
D’usure
temporelle immuable et inassouvie
Je
prépare déjà ma prochaine évasion avec ma blonde
M’enfuir
en foret avec un vieux camion comme abri
En
homme libre incassable et inapprivoisé
Affranchi
dans un pays boréal sans frontière.
Vieux
je rêve de vivre en excentrique érudit
Dans
une maison flottante à la dérive
Sur
rivière azurée ou fleuve grandiose
Sans
loyer ni servitudes à payer
L’horizon
mon unique destin inaliénable
Tissé
d’étoiles vespérales et éthérées
Me
remémorant ma jeunesse oisive d’antan.
Je
suis né pour être libre
Je
serai toujours un vagabond insoumis.
Mourir
en homme libre.
C’est
ça la liberté.