Comme
un long récit mythologique moderne
mais qui se situe peut-être
dans l’épilogue de notre
destinée
LE DERNIER
SURVIVANT
Loin
dans le labyrinthe du néant
Sous
les impénétrables voûtes de l’obscurité
J’étais
captif d’une solitude insensée et cruelle
Dans
le vestige des ruines de notre civilisation.
Un
chant strident et mystérieux résonnait dans la nuit
Avec
le murmure de la complainte de nos morts
Sur
les rivages en feu et de cendres acides
Au
flanc immuable des métropoles disparues
Des
pays de pourpre et d’or, des rêves engloutis
Sous
la poussière nucléaire de l’humanité.
Meurtri
par la fatalité de mon destin
J’ai
piétiné sur des dunes de sable brûlant et corrosif
Jusqu’aux
entrailles du crépuscule funèbre.
Déporté
dans les méandres du chaos
Emmêlé
aux brouillards et aux vents intersidéraux
J’ai
dérivé entre des archipels de clartés
Où
gisaient des trésors fabuleux et séculaires.
La
tempête atomique a un jour cessé ses ravages
Près
d’un lac de cristal sur une planète stérile
Où mon
rêve- naufragé a échoué doucement
Avec
une pluie de météores éblouissants et éphémères.
En
l’an de grâce d’un siècle insolite et illusoire
Je me
suis réanimé dans un monde de nostalgie.
Des
fleurs superbes aux pétales nacrés d’azur
Fléchissaient
au zéphir de l’insouciance.
Un
vieillard sculptait révérencieusement
Sur
une pierre philosophale des poèmes étranges.
Chaque
éclat de quartz prophétisait une noble pensée
La résonance
présageait le plasma d’un mot nouveau.
Prospectant
dans ma mémoire mutilée
Je me
suis assis silencieux et serein,
Contemplant
l’œuvre pathétique du temps.
En
scrutant au loin l’univers luminescent,
Un
nuage sombre, disparate et macabre de débris
Flottait
impassible entre Mars et Vénus.
Consterné
j’ai voilé mes yeux blessés
Qui
saignaient de nausées et de mélancolie :
C’était ma planète
natale!
Mon
sang s’envenimait de ce sortilège fatidique
Mes
illusions se transmuaient en des blessures mortelles,
Mon
cœur s’est éclipsé comme un aérolithe égaré dans l’espace.
Le
vieux philantrope s’est infléchit, lentement,
Gravant
sur mon corps immobile et minéralisé
La
triste histoire de la planète terre.
Deux
fleurs du cosmos naissaient de mes orbites
Enracinées
dans l’humus de ma méditation
Mon
exil devenait le tremplin d’un éden utopique
Bien
des siècles de secondes et d’allégresses
Se
sont amoncelés sur ma carapace esseulée.
Atomes
et molécules se sont métamorphosés
De ma
chrysalide fœtale léthargique
Je me
suis éjecté hors de mon enveloppe sédimentaire.
A mon
regret, fusionné de tristesse et de peines
L’homme
de sagesse s’était éteint paisiblement
Laissant
au frisson de la douce brise planétaire
Un
parchemin écrit à l’encre de son sang
Qui
décrivait des régions galactiques inconnues
D’incroyables
récits fantastiques et fantaisistes.
M’abreuvant
à une source jaillissante
Du
reflet miroir translucide de l’eau,
Mes
cheveux s’étaient raréfiés
J’avais
maintenant une barbe grisonnante d’âge.
A
l’horizon, dans le calme des prémices du matin
Une
nacelle s’agitait d’un rythme léger et saccadé.
J’ai
emprunté la mémoire de l’homme vénérable
Hissé
les amarres vers ma destinée.
J’ai
vogué entre des étoiles étincelantes
Durant
de longs mois et même des années
Frôlant
des quasars dangereux et imprévisibles
Des
pluies soudaines de météorites incandescents.
Le
spectre de la mémoire naviguait à la poupe
Et
moi, l’œil ancré à mon rêve d’aventure
J’ai
balloté ainsi entre des galaxies enflammées.
Un
jour, lors d’un cataclysme sidéral
Le
navire s’est enlisé sur une plage déserte
Où le
murmure des vagues sur les sables mouvants
M’envahissait
d’une torpeur qui apaisait ma détresse.
C’était
le continent perdu de l’illusion,
Célèbre
pour son musée mondial des humanités
Sanctuaire
de statues des temps anciens
Que
des explorateurs archéologues-nécrophages réputés
Sans
scrupules et pilleurs de tombes et sépultures
Ramenaient
dans leurs corbillards subgalactiques.
J’ai
pénétré dans une enceinte aux murs métalliques
Où
étaient exposées de grandes découvertes.
Une
âcre senteur de limon. d’humidité et de déchéance
Créait
un vertige insoutenable pour le nouveau venu.
J’étais
confondu parmi tous ces gens qui semblaient en transe
Leurs
regards cristallisés s’illuminaient d’émerveillement
En
symbiose aux monosyllabes sonores de leurs soupirs
Satisfaits
d’un tel spectacle de prestige.
Il y
avait une statue difforme de la planète terre
Exhumée
au hasard d’une expédition difficile et tragique
De la
fin d’un vingtième siècle légendaire
Flottant
à la dérive dans un espace opaque et inconnu
Dont
ce peuple profane s’esclaffait bruyamment.
Il
était écrit sur une plaquette tordue et presqu’illisible
Le mot
intraductible ‘’Liberté’’
Qui
semblaient rappeler à mes souvenirs amputés
Quelque
chose de douloureux et d’atroce.
Sur
une antique gravure fissurée et craquelée
Encroûtée
de sédiments fluorescents
Dans
un cadre de dorures joliment éclairées
De
multiples jets de lumières multicolores,
On
discernait des hommes et des femmes
A la
peau teintée d’un émail crépusculaire
Déambulant
dans une ville cosmopolite.
Des
adolescents-automates, chétifs et maladifs
Regardaient
vers une mer gélatineuse et hideuse
Submergée
de récifs acérés, redoutables et désastreux
Recherchant
dans le ciel trop peu étoilé
Un
vaisseau d’évasion supersonique
Propulsé
au vent d’une liberté archaïque.
La
végétation s’était déshydratée d’un surnaturel
Empaillée
en contraste au paysage.
Cette
population primitive vivait un cosmos sans magnitude
Dans
un manège illogique et interminable sans soleil d’extase.
Bien
des pulsars et des supernovas se sont évaporés
Jusqu’au
moment où resurgissaient subitement
Des
îlots célestes entourés d’un cytoplasme nuageux.
Je me
rappelle très bien de ces jours heureux
Dans
une existence exotique avec une flore luxuriante
Quelque
part dans le gouffre d’une cité-satellite.
Elle
était d’une étonnante beauté et très élégante
Vêtue
d’une longue robe blanche et diaphane
S’étalant
sur son ombre sensuelle
Ses
cheveux en garçonnière étaient lisses et soyeux
Un
flux poétique intense émanait de sa personne
Très
féminine de son sourire suave et pulpeux
Ses
paroles étaient douces comme une ode à l’amour.
Sous
le réverbère d’une lune phosphorescente
Que
d’émerveillement pour l’un et l’autre enlacés
Dans
le délire vermeil de nos corps prédestinés
Nous
avons flâné sur des fleuves grandioses
Évasés
dans la passion et l’ivresse des mille et une nuits.
Dans
ces lieux débordants d’un mysticisme sensoriel
Les
femmes enfantaient par la science de la parthénogenèse
Les
nouveaux-nés s’ils étaient des hommes-fœtus
Étaient
immolés en sacrifice aux prédateurs de l’empire.
Seuls
les sectateurs femelles survivaient à la coutume.
Avec
les jours qui écoulaient leurs sensations intenses
Comme
un virus meurtrier, la méfiance germait dans ma tête.
Une
nuit avant le prélude solaire j’ai déserté l’amour
Avec
une certaine douleur doucâtre dans la poitrine
Des
larmes d’amertume encerclaient mon chagrin
Sachant
très bien au fond de moi-même et sans me l’avouer
Que je
ne reviendrais jamais.
Sur
une autre terre émergeant d’une brume bleuâtre
La vie
était fébrile d’une humanité de paroles
Le
temps s’était arrêté et les heures n’existaient plus.
Les montres
et les horloges étaient illégales.
Des
policiers sans armes avec des détecteurs sonores
Recherchaient
dans la ville les derniers tintements cacophoniques
Pour
les détruire dans l’incinérateur du temps.
Le
travail ayant été aboli par la censure
Les
véhicules de locomotion interdits et soudés aux trottoirs
Tous
les jours au lever du soleil silencieux
Les
gens allaient aux arrêts d’autobus inutiles
Où les
conducteurs retraités rayonnaient d’idées.
Les
voyageurs sans destination véritable
Étaient
très attentifs et satisfaits du cheminement parcouru.
D’autres
travailleurs se rendaient a l’usine expérimentale
Où des
contremaîtres de l’âge indiscernable
Concevaient
avec les ouvriers très créatifs
De la
musique sublime et des rimes symboliques
De
magnifiques symphonies se propageaient des cheminées éteintes
Et les
poèmes distribués dans tout l’hémisphère de l’infini
Par
des poètes-postiers, prophétiques d’années-lumières.
Dans
les édifices a bureaux gigantesques et illuminés
On
discutait de philosophie et de la vie
De
l’origine des hommes et du destin infaillible et inévitable.
A
l’intérieur des résidences et dans les lieux publiques
Seuls
les textes instructifs et les écrits artistiques
Étaient
visibles sur les écrans de vérité.
Aux
écoles et aux universités du savoir séculaire
Des
professeurs de l’incompréhensible et de l’indéfinissable
Analysaient
l’ingéniosité fragmentaire du temps et de l’espace
Avec
une jeunesse avide d’enrichissement et d’exaltation.
La
vieillesse était très appréciée et honorifique
Constituait
tous les niveaux des gouvernements.
Les
enfants et les jeunes étaient très admiratifs
De
leur connaissance et de leur expérience incomparables.
Paume
à paume par vibrations interstellaires
Paupière
à paupière par télépathie parapsychologique
L’amour
palpitait d’illuminations fantasmagoriques.
L’orgasme
était d’un parfum subtil et paradisiaque.
C’était
vraiment une contrée merveilleuse
D’amour,
d’harmonie et de paix
Humainement
surnommée ‘’ Poética’’ …
Je me
souviens près d’un havre surpeuplé
D’enfants
séniles qui ne grandissaient plus
Dont
le corps et la personnalité inévitablement
Subissaient
les ravages irrémédiables de l’âge spatial
Mais
dont la voix nasillarde n’avait jamais mué.
Par
les hublots se perpétuaient leurs sanglots puérils
Près
des ports de marbre luxueux et prodigieux
Où les
galets pyritisés étaient délavés et lustrés par l’ondée.
L’oxygène
était artificiel et raréfié
De
fréquents orages magnétiques infestaient les lieux,
Ce qui
créait le miniaturisme des êtres
Comme
s’il s’agissait d’un orphelinat universel
Dont
les ancêtres auraient jadis répudié leur progéniture
Bizarrement
ils ne se dévisageaient jamais entre eux
Même
en se parlant par sons incohérents et intermittents.
Ces
petits humanoïdes nomades se nourrissaient
De
coacervats primitifs dans les étangs isolés et insécures
Où des
créatures polymorphes sournoises
Par
osmose s’ingéraient avec leurs intestins mobiles
A
l’intérieur de leurs petits corps vivants
Pour
n’en laisser qu’une charpente osseuse
Dont
les rapaces déchiraient les derniers lambeaux.
J’ai
plus tard découvert près d’un amas d’astéroïdes inaccessible
Dans
un univers cavernicole jamais vu ou oublié
Des
hominiens qui consommaient des particules cosmiques
Et qui
s’abreuvaient des rares lumières célestes éparses
Jusqu’a
s’intoxiquer mortellement le sang.
Leur
intelligence était dégénérée au niveau élémentaire
D’une
survie animale et sans grandeur spirituelle.
Leurs
yeux s’étaient presqu’atrophiés entièrement
De ne
jamais rien voir dans ces espaces de noirceur.
J’ai
vagabondé au fond des époques glorieuses
Au
pays des rois ruinés dans des châteaux de ficelles
Où des
princesses-araignées tissaient des mirages
Jusqu’au
pied des palissades temporelles
Jadis
prospère de corolles folles constellées.
Errant
durant des jours et des jours interminables
Sous
les lampes blêmes des civilisations galactiques
J’étais
infiltré d’un rituel nostalgique irréversible
Avec
les résonances des peuples posthumes,
Loin
des oiseaux embrasés aux ailes de feu
Qui
s’expatriaient dans la résignation de leur exode.
Hurlant
au génocide des citadelles anéanties
Et
violant le scellé de tous les secrets du silence,
Sur
les sentiers de la magie intersolaire
Mon
astronef était affranchi dans la matière du néant
A
l’abri des larves neigeuses des volcans cybernétiques.
J’ai
survécu à des agglomérations dangereuses et délétères
Repeuplées
de fantoches et d’épouvantails fantomatiques
J’ai
entrevu des zones interdites pleines de sarcophages défoncés
Et des
écloseries génétiques infestées d’organismes létaux.
J’ai
zieuté les catastrophes écologiques impunies
Avec
des bêtes hostiles devenues dénaturées et infernales
Déformées
par l’invasion métaphysique des neutrons et des protons.
Il y
avait même des marécages sanglants, asséchés et indescriptibles.
Momifiés
en désert indignes de barbelés racistes.
J’ai
sillonné dans l’antre du désir, sans réponses,
Et
dans le spleen de la réclusion de mon isolement.
J’ai
voulu disparaître et m’éteindre dans la tourmente
Toutes
voiles étalées dans les nuées de l’aurore stellaire
Avec
la carène ternie par l’usure du rêve rengaine.
Un
sentiment imperceptible planait dans ma béatitude
J’étais
devenu l’épave d’un déluge tumultueux
Un
naufragé de la pénombre et de l’abîme des millénaires
Révolté
par le requiem du cortège du temps
J’ai
finalement compris qu’il n’y aurait plus jamais
Aucun
sens à cette vie insaisissable à n’en plus finir.
J’ai
réalisé que mon voyage interplanétaire
Serait
toujours solitaire et inachevé
Mon
destin introuvable comme des chimères
Même
au cours d’une vie entière
À en
vivre et à en mourir.
Résolu,
je suis reparti à la recherche du passé
Pour
renaître dans la plénitude de l’intelligence humaine
Ainsi
que dans l’épilogue des prodiges de l’amour
Dans
la cité perdue de l’humanité…
La
patrie natale de la poésie me servait d’azimut.