21) LUI, LE CHEVALIER ERRANT...


Dans d’immenses valons aux lisières verdoyantes
Coulent les reflets du matin encore humide.
Des lambeaux de linceuls d’un gris spectral
Survolent ces terres forgées par d’honnêtes paysans.




Là-bas se trouve un sentier aux couleurs de bonheur
Près duquel de paisible ouvriers sur la pièce rebelle
Rabattent la faux avec une cadence joyeuse.




Au loin, j’aperçois un noble chevalier solitaire
Qui, sur son coursier a la crinière légère
Que le vent sans cesse déplace et repeigne
Pour la première fois chevauche ce lieu.




Il va dans son armure scintillante que cire l’aube
La plume royale de couleur étrangère et inconnue
Qui s’incline au passage discret du vent.
Le regard sans peur de l’homme de fer valeureux
Scrute la rocaille de l’interminable chemin.








Comme il semble brave, beau et fort
Cet étrange personnage masqué, recouvert de durs métaux.
Sa démarche lourde et lente, mais habile et certaine
Porte un bouclier bleu azur, teinte d’aurore.
La mystérieuse épée luisante, construite de savantes magies
Est plus meurtrière que la tempête et le cyclone.




Soudain, un espoir luit dans ses yeux guerriers
Il aperçoit a l’au-delà entre deux collines émergeant
De gracieuses tourelles qui s’étalent a l’horizon.
Il commande a la bête soumise le trot
Vers cet immense château d’un seigneur ou d’un roi.



La joie s’empare de son cœur solidaire
Qui chantonne, chante tout haut sa romance sanglante
Celle de ses aventures merveilleuses dont il fut vainqueur.
Ah. Quel preux aventurier qui explore nos champs
Vers la herse grinçante qui déjà, s’ouvre impatiente.




Le pont levis se baisse lentement a l’approche.
La trompette solonelle gémit sa joie enrouée.
Déjà, les  nobles et leurs suites sur la place publique
Agitent les bras drapés de couleurs gaies.
Le roi, là-haut dans sa chambre aux tissus rares et riches,
Retrousse sa rousse barbe, indifférente a sa toute puissante royauté.




Tandis que s’organise un festin inoubliable,
Le fou de sa royale bien-aimée
Quelques troubadours et des acrobates élastiques
Dans la grande salle des arts prévoient leurs prestiges.




L’euphorie s’empare des gens du roi
Qui l’accueille en son nom, malgré cela, modestement.
Il demande le repos de la nuit
Avant le soir mouvementé qui arrive a grands pas.
Il se retire, las, épuisé, a la chambre d’honneur.
Libéré de ses lourds habits
Il s’écroule terrassé par la faim, l’épuisement
Jusqu'à l’instant de sa renommé glorieuse.






Vêtu de somptueux vêtements, il pénètre dans la pièce des réjouissances.
Il exécute les politesses dues
Avant de dévorer la mie tant attendue.
Mais le vin s’écoule en lui
Et voilà, que sous les regards inquiets, suspendus,
Des mains et des voix, émus se paralysent
Au récit du péril inconnu qu’il a vaincu.
Oh. Le superbe, certains s’écrient…





Au matin, il reprend la route
Aux regrets de son assistance bouleversée
Lui, le chevalier errant…